Répliquer sa voix avec un skill Claude : ce que mon expérience m’a appris
Il y a quelques semaines, j’ai construit un skill Claude pour écrire mes posts LinkedIn à ma place. Ou plus exactement : pour écrire des posts LinkedIn dans ma voix, avec mes tics de langage, mes sujets de prédilection et mon degré d’aversion pour la « bouillie ChatGPT ».
Le résultat fonctionne bien. Suffisamment bien pour que je pense qu’il vaut la peine d’en parler ici, sous forme de guide. Mais aussi suffisamment bien pour que je veuille être honnête sur ce que cette expérience m’a réellement demandé, et sur ce qu’elle ne remplace pas.
Avant d’aller plus loin, un mot pour celles et ceux qui découvrent le terme « skill » en lisant cet article. C’est normal, et c’est même précisément à vous que je m’adresse.
Un skill, c’est quoi au juste ?
Claude, comme ChatGPT, est un assistant capable d’écrire un texte à partir d’une simple demande. Le problème, c’est que par défaut, il ne vous connaît pas. Il ne sait rien de votre façon de parler, de votre secteur, de vos convictions. Résultat : quand on lui demande un post LinkedIn « sur le sujet X », il produit un texte propre, mais générique – le genre de contenu lisse qu’on reconnaît en deux secondes et qu’on oublie tout aussi vite.
Un skill, c’est une façon de corriger ce problème une bonne fois pour toutes. Concrètement, il s’agit d’un ensemble de consignes et d’exemples qu’on donne à l’IA, une seule fois, pour qu’elle s’en souvienne à chaque nouvelle demande. On peut le comparer au dossier qu’on remettrait à un nouveau collaborateur chargé d’écrire à votre place : qui vous êtes, sur quels sujets vous êtes légitime, ce que vous détestez lire, et quelques-uns de vos meilleurs textes en exemple. Une fois ce dossier constitué, chaque nouvelle demande – « écris-moi un post sur tel sujet » – s’appuie dessus automatiquement, sans qu’on ait besoin de tout réexpliquer à chaque fois.
C’est cette « mémoire » qui change tout. Sans elle, on discute avec un rédacteur amnésique. Avec elle, on travaille avec quelqu’un qui a lu votre book et compris votre façon de faire.
Pourquoi construire un skill pour son propre style
Écrire régulièrement sur LinkedIn, c’est un métier dans le métier. Il faut trouver des sujets, les structurer, les rendre lisibles, garder une voix reconnaissable d’un post à l’autre. Fait sérieusement, ça prend du temps, et ce temps, je préfère généralement le consacrer à mes missions de conseil plutôt qu’à peaufiner une accroche.
L’idée n’était donc pas de « faire écrire une IA à ma place » au sens où on l’entend trop souvent : demander un post sur un sujet et publier ce qui sort, tel quel. C’était plutôt de créer un outil qui comprenne suffisamment bien qui je suis, ce que je pense et comment je le formule, pour que le brouillon qu’il produit demande un travail de retouche plutôt qu’une réécriture complète.
La nuance compte. Un skill bien construit ne remplace pas la réflexion, il absorbe la partie mécanique du travail (mise en forme, structuration, première mouture) pour laisser plus de place à ce qui a vraiment de la valeur : l’angle, l’idée, le point de vue.
Comment j’ai construit ce skill
Concrètement, la construction du skill a reposé sur trois briques.
Le profil et le positionnement
J’ai commencé par écrire noir sur blanc qui je suis professionnellement : mon expérience, mon positionnement de consultant, les sujets sur lesquels je suis légitime à prendre la parole. Sans ce cadrage, l’IA a tendance à produire un contenu générique, qui pourrait avoir été écrit par n’importe qui.
La ligne éditoriale et les règles de ton
J’ai ensuite listé précisément ce que je voulais voir apparaître, et surtout ce que je voulais bannir. Les formules toutes faites, les tournures qui sentent l’IA à dix mètres, les posts « inspirants » qui ne disent rien : tout ça devait être explicitement exclu. Un skill efficace se définit autant par ce qu’il évite que par ce qu’il produit.
Un corpus de posts réels
C’est la brique la plus importante, et la plus exigeante : fournir à Claude une sélection de mes propres posts, écrits par moi, qui illustrent concrètement ma façon de raconter une anecdote, de construire une chute, de passer du récit à l’idée. Sans ce corpus, les deux premières briques restent une théorie abstraite. Avec lui, le modèle a une matière concrète à imiter, jusque dans le rythme des phrases ou la manière de couper un paragraphe court plutôt que d’enchaîner sur une phrase longue.
→ Tester, comparer, corriger. Une fois ces trois briques posées, il reste une étape qu’on a tendance à sous-estimer : produire plusieurs brouillons sur des sujets différents, les comparer à ce que j’aurais écrit spontanément, et corriger le skill là où l’écart se voit. C’est un aller-retour, pas un réglage définitif. À chaque correction, on précise un peu plus ce qui, chez soi, relevait jusque-là de l’instinct.
En résumé, la méthode ressemble moins à un prompt magique qu’à un travail de formalisation : coucher sur le papier ce qui, chez un bon rédacteur, reste souvent implicite.
Le prérequis qu’on oublie de mentionner
C’est ici que l’ensemble intéressant, et un peu moins vendeur…
Pour que ce corpus fonctionne, il faut déjà savoir écrire. Pas seulement écrire correctement : écrire des posts qui ont une voix, un angle, une construction qui tient debout. Dans mon cas, il m’a fallu une dizaine de posts que je jugeais réellement bons pour que le skill ait suffisamment de matière à généraliser.
Or, écrire dix posts de qualité, ce n’est pas rien. Ça demande de savoir repérer une anecdote qui mérite d’être racontée, de structurer un raisonnement, de doser l’humour, de couper ce qui est superflu. C’est une compétence qui se construit avec de l’expérience – la mienne vient de plusieurs années à écrire, me tromper, recommencer, avant même de penser à un outil d’IA.
Autrement dit : un skill Claude ne crée pas un style. Il capture et systématise un style qui existe déjà. Sans matière première de qualité en amont, on obtient un outil qui reproduit fidèlement… de la médiocrité.
Deux compétences, rarement réunies
C’est le cœur du sujet, et la raison pour laquelle je voulais écrire cet article plutôt que de simplement partager une astuce de prompt.
Construire un outil comme celui-ci suppose de maîtriser deux choses en parallèle, qui n’ont pas grand-chose à voir : d’un côté, une vraie compétence rédactionnelle – savoir écrire pour son audience, dans son secteur, avec une voix qui porte ; de l’autre, une compréhension fine de la manière dont on paramètre une IA pour qu’elle serve cette voix plutôt qu’elle ne la dilue.
Peu de dirigeants ou de responsables marketing ont le temps – ni même l’envie – de développer ces deux compétences à la fois. Et c’est précisément là qu’intervient un accompagnement externe : quelqu’un qui sait déjà écrire, qui sait déjà cadrer un outil d’IA, et qui peut construire ce système une fois pour que vous n’ayez plus, ensuite, qu’à relire et publier.
Si cette réflexion vous parle – que vous cherchiez à structurer votre prise de parole sur LinkedIn ou à intégrer l’IA plus intelligemment dans votre production de contenu – c’est exactement le type de sujet que j’accompagne au quotidien. N’hésitez pas à m’écrire, on en discute.

